Défendre ses blinds : stratégie préflop

Posté le 23 septembre par Charles dans Stratégie

Généralités


*La position*

Défendre ses blinds n’est pas une chose facile dans le sens où l’on jouera hors position contre un adversaire qui a montré de la force préflop donc dans ce contexte nous perdrons plus de coup que nous en gagnerons d’autant plus si l’adversaire joue bien.
Cependant défendre ses blinds face à un joueur faible n’est pas forcément rentable non plus car il vaut mieux attendre de jouer des coups en position pour augmenter encore son edge.


Dans ce contexte, il apparaît déjà une chose, défendre ses blinds n’est pas une obligation d’autant plus lors que celles-ci sont basses et que leur influence sur notre stack est faible.


*Small blind (SB) et big blind (BB)* :

Logiquement, par rapport aux jetons investis, l’intérêt est plus grand à nous défendre en BB plutôt qu’en en SB, d’autant plus qu’en SB il reste encore un joueur à parler derrière nous, qui peut squeezer avec une poubelle (si on a juste call un raise du bouton par exemple) ou se réveiller en ouvrant un monstre.


*Le format de la table* :

Une lapalissade : en short handed (SH), les blinds tournent plus vite qu’en full ring (FR).
De plus les occasions d’être first in (premier à ouvrir les enchères) pour le relanceur seront plus fréquentes donc pousseront nos adversaires à voler un peu plus surtout que la valeur des mains en short handed sont rehaussées.
Dans ce contexte, défendre ses blinds sera plus important en SH.


*Le M* :

La profondeur de notre tapis au moment de l’attaque influe grandement sur la stratégie à adopter. Nous ne défendrons pas de la même façon en mode "survie" (M<10), en mode "prudence" (10≤M≤20) ou en étant à l’aise (M>30).
La profondeur du tapis de notre adversaire entre aussi en jeu dans la prise de décision en terme de cote implicite ou de fold equity…



Profiler l’agresseur : une opération essentielle
Une réelle attaque ?

La première question à se poser est le relanceur attaque-t-il les blinds ou a-t-il une main.
Nous ne parlons pas d'attaque de blinds dans les cas où l'adversaire a une main forte car son intention n'est pas de voler mais de jouer un "big pot" avec une "big hand".

Par l’analyse de tous les coups précédents, renforcée ou pas par un tracker, il s’agit d’identifier le style de l’agresseur.
Contre un joueur ultra tight (avec un VPIP de 12% par exemple) qui ne joue que les mains très fortes, nous n’avons aucun intérêt à prendre des risques à défendre tandis que contre un adversaire loose voire « maniac » nous allons pouvoir / devoir nous défendre.

La paranoïa est une maladie qui se développe souvent chez le joueur de poker, attention donc au syndrome, « tu ne me voleras point », car même un « maniac » a une belle main de temps en temps.
Sachons donc mettre notre ego de côté.


Affiner notre analyse :

- la position de l'adversaire

Une relance en late position d’autant plus si elle est first in, sera plus souvent un vol qu’une relance en early position (UTG, UTG+1,UTG+2).


- le M adverse

un joueur avec un gros M volera plus souvent qu'un joueur avec un M environ égal à 20 tandis qu'un short stack même avec une main moyenne saisira la moindre occasion pour pousser tous ses jetons au milieu avant de perdre toute fold equity.


- La phase du tournoi

Elle est aussi à prendre en compte et correspond en règle générale des états d'esprit différents qui influencent l'attaque des blinds.

En simplifiant, on peut dire, que plus le temps passe, plus l'attaquant cherchera à voler en raison de la taille croissante de la valeur des blinds et car la pression liée à l'élimination poussera le défenseur à ne pas prendre trop de risque dans des spots hors position.

Notons aussi, toujours de façon simplifiée, que lors de la bulle et l'approche de la TF seuls les gros tapis se risqueront à voler, tandis que qu'en zone ITM la plupart des joueurs élargirons leur range pour attaquer.

Nous n'abordons pas ici le cas du tête à tête final (HU) qui est une bataille de blinds où l'attaque et défense de celles-ci conditionnent la victoire.


Le croisement de tous ces paramètres sera garant de la justesse de notre read.


Voici un exemple de stratégie tight en défense de blind en tournoi full ring:


Le but n’est pas de la reproduire strictement, chacun doit adapter son jeu à son tempérament, il s’agit juste ici de donner une stratégie de base solide pour que chacun s’inspire de la forme pour y mettre son fond.
La hand range noté de G1 à G8 fait référence au classement des mains effectué par D.Slansky.
(Ouvrez la page dans un autre onglet pour visualiser les mains de chaque groupe)

Nota bene : il est toujours possible de 3bet (all in ou pas) avec quasi any two quand on est sûr de son read (notamment lorsqu'on a remarqué qu'un joueur lâchait quasiment toutes ses mains dans ce cas là) mais c’est un coup marginal que nous garderons en tête sans l’aborder ici.

Notre read : l’adversaire est en vol ou au moins au plus bas de sa range de relance préflop.


*M < 10 soit 15BB max*
survie

Une seule option : Push ( à moins de vouloir traper avec AA ou KK si on pense que le relanceur va fold sur un 3bet).

Car call 3BB en moy pour jouer un pot hors position où l’on va souvent devoir abandonner sur un CB n’est pas très rentable, autant attendre de mettre ces 3 BB avec des chances de gagner un coup préflop ou de le jouer en position.
Perdre un coup relancé avec un M de 10 nous conduirait inéluctablement à la zone push or fold (lien) ce qui nous donnerait plus aucune marge de manœuvre.

Range : G1, G2, G3, 1ere moitié G4.
VPIP=11,8%


*10≤M≤20 soit 30BB max*
prudence

Notre tapis est suffisamment confortable pour ne pas tout jouer sur un coup de dés même un 50/50.

Préférons relancer que suivre

Cependant, relevons d’un cran les critères de sélection pour relancer.

Range : G1, G2, 2 premières mains G3.
(AA ou KK peuvent aussi être dissimulés derrière un call pour extraire de la value si on pense que l’adversaire va fold sur notre 3bet)
VPIP= 7,1%


Contrôlons la taille du pot ou piégeons :

Si nous avons une main à potentiel et que nous pensons que le relanceur est collant et ne foldera pas sur un 3bet même all in si vous avez un M de 10.

Range : AA ou KK pour piéger + 4 dernières mains de G3
VPIP= 4,7% 8/169

VPIP total pour 10≤M≤20 = 5,9%


Avec un M entre 20 et 30 oscillez entre les deux stratégies selon le profil de l’adversaire.
S’il est vraiment très loose préflop et relativement tight au flop, passer dans la zone de M supérieure.


*M>30 soit 45BB minimum* (s’il n’y a pas d’ante)
à l'aise

- Choisissons le 3bet
Range : G1, G2, G3, + les paires restantes (22-88)
VPIP= 13,6%


- Optons pour le call

Range : G4 + G5 (exceptés 88 et 77)
VPIP= 14,2%


VPIP total pour M>30 = 13,9%


Cas particulier : en étant deep, il ne faut pas négliger la cote et ainsi ne pas hésiter à compléter pour entrer dans un coup (avec une main à potentielle quand même) où il y a déjà eu des call effectués sur une relance initiale. (plus il y aura d’adversaires qui auront call plus la cote sera intéressante et nous pourrons ainsi prendre un gros pot avec une main marginale.


Remarques :

- Vouloir jouer toutes les petites paires hors position pour toucher un brelan (12% du temps) est souvent EV- face à un bon joueur même en essayant de compenser la cote en tentant de bluffer en cas d’échec au flop.

- Les suited connectors ont une bonne équité même face à AA, lorsqu’on est deep même si l’on pense que l’adversaire a une belle main nous pouvons call une relance pour voir si le flop est favorable car la cote implicite peut être intéressante si l’adversaire est deep aussi.

- Défendre trop rarement ses blinds en particulier sa BB face à une attaque du bouton ou de la SB peut pousser davantage nos adversaires dans ces positions à nous attaquer quasi systématiquement.
Montrer que l'on ne lâche pas facilement sa BB peut limiter la fréquence d'agression ce qui sera utile quand les blinds seront grosses et parfois même nous permettre de remporter le pot sans jouer en obtenant un fold général (un walk).

- L'attaque classique des blinds s'effectue avec une relance comprise entre 2,5 et 3,5 BB.
Les cas où le relanceur mini raise (2BB) (sauf si l'on a un M<10) le call doit être envisagé quasi systématiquement à la fois pour profitez de la cote offerte mais surtout pour montrer à nos adversaires qu'il faudra risquer plus pour nous voler.
Un Fold trop fréquent sur ce type d'attaque parce que nous soupçonnons les AA voire les rois conduirait à nous donner une image trop "weak" qui serait trop exploitable par nos adversaires.


Cas particulier :

Le seul cas où nous pouvons défendre notre blind en position c'est lorsque la SB attaque notre BB après que tout le monde est foldé (ou qu'un limper choisit de ne pas suivre la relance de la SB).

Dans ce cas il faut avoir en tête combien de fois il a agit comme cela quand il en a eu la possibilité.
Si sa fréquence d'attaque est élevée nous pouvons soit lui revenir dessus avec un 3bet soit faire un call et jouer en position ce qui nous permettra de contrôler la taille du pot et de pouvoir bluffer plus facilement car ses actions nous donneront des informations.

Le M sera encore ici un facteur déterminant de la stratégie, nous pourrons reprendre les range citées en les élargissant d'autant plus que la fréquence d'attaque de l'adversaire sera élevée.


Nous n’abordons pas ici le jeu postflop, malgré cela notons brièvement les armes à notre disposition :

- Le check raise est une arme efficace qui fait de la value en remportant en plus le continuation bet (CB) de notre adversaire.
Nous pourrons l’utiliser avec des mains faîtes mais aussi avec des tirages pour nous donner de la fold equity en plus de nos outs.

- Le floating, qui consiste à call le CB trop fréquent d’un adversaire pour gagner une information au turn notamment et cela à moindre coût.

- Le donk bet, plus marginal, qui consiste à miser en premier au flop pour contrarier le CB de l’adversaire avec une main faible ou pour induire une relance d’un adversaire ultra agressif avec une main forte comme un brelan.



La différence tournoi /cash game

En tournoi la défense est plus essentielle car lorsque les blinds et les antes sont grosses, nous nous faisons vite « bouffer » mais cela est plus dangereux car la moindre erreur peut nous coûter le tournoi (pas de recave possible).

En cash la défense est moins nécessaire car la big blind n’augmentent pas cependant nous pouvons défendre plus souvent parce que nous avons plus le droit à l’erreur car nous sommes plus deep (100BB) et pouvons recaver.

La stratégie sera (pourra être) alors plus loose que de la dernière zone de M étudiée plus haut.



Rappel : Calcul du M

Stack / SB + BB + un tour d’ante (s’il y a)

Autre façon de calculer, quand il n y a pas d’ante, pour ceux qui ont l’habitude de parler en nombre de BB.
x = nbre de BB soit (stack/BB)
M = x - 1/3x



Bonnes sessions à tous.

Par x pp14