Thomas Bichon - WPT Champion

Posté le 24 septembre par Charles dans Interviews

Interview réalisée par Ciorak pour MaaxPoker.com en Septembre 2009

http://i36.tinypic.com/o5w6za.jpg Thomas, est-ce que tu peux te présenter rapidement, ton âge, d'où tu viens, depuis combien de temps tu joues et tes activités avant le poker?

J'ai 32 ans et je viens de Corse, j'ai vécu à Bastia jusqu'à 28 ans. J'y ai fait mes études de Droit principalement. J'ai commencé le poker fermé en 1997 en Corse et j'ai continué à jouer cette variante pendant 5 ou 6 ans. A la fin, le niveau avait beaucoup augmenté, il y avait moins de joueurs et ceux qui restaient étaient vraiment excellents.
Un de mes amis m'a parlé du Hold’em. Il avait senti venir la vague et m'a dit qu'il y avait de très belles perspectives pour les joueurs professionnels. Je me suis donc lancé au Hold’em en 2002-2003, à l'époque sur Unibet.

Je suis vite passé au Omaha. J'y ai joué pendant 3,4 mois, j'ai pu comprendre des notions comme le Continuation Bet ou la position. Ensuite j'ai recommencé le Hold’em car il y avait moins de variance, et j'ai été assez vite gagnant en NL1000, NL2000 et NL4000. J'ai fait quelques incursions en NL10000 à l'époque, mais sans vraiment être un joueur régulier de cette limite. Je me suis miné en perdant beaucoup sur les paris sportifs. Je suis un fan de football mais, pour ce qui est des paris, je n'étais pas au top du tout.

Tu viens de gagner le WPT Chypre, c'est une performance extraordinaire, tu peux me raconter comment ça s'est passé pour toi et comment tu vois les choses?

En fait, d'habitude, je vais plutôt à l'EPT Barcelone parce que les tables de cash game y sont incroyables, beaucoup d'argent y circule. Cette année pourtant, j'ai été influencé par Xanthos Xanathos, un excellent joueur chypriote, avec qui je joue très souvent à Londres. Venant comme moi d'une petite île avec des enjeux politiques importants, on se comprend vraiment très bien et surtout, on s'apprécie beaucoup. Du coup cette année, je l'ai suivi à Chypre pour le WPT. Je suis venu tout seul, en laissant le gros des joueurs français en Espagne. Quelques jours avant, au Partouche Poker Tour, je savais que je ne ferai rien du tout à Cannes. Je n'étais pas à mon meilleur niveau et je sentais bien que ce tournoi n'était pas le mien. A Chypre, j'étais venu pour gagner, c'était mon combat.

Le tournoi commence plutôt bien pour moi, je finis 29eme à la fin du D1 et à peu près pareil à la fin du D2. En revanche les D4 et D5 ont été très difficiles, même si je sors Chris Ferguson quand il n'y a plus qu'une trentaine de joueurs restants. J'ai survécu difficilement en volant les blindes. Puis j'arrive dans le top 10. A ce moment-là, je sais que je dois rentrer dans le top 6 pour pouvoir vraiment faire parler mon jeu. Je me sens très à l'aise en Shorthanded.

Quand on arrive dans le top 6, je sais que je suis là pour gagner. La plupart des plus gros prétendants au titre sont déjà sortis, notamment Huck Seed, Nenad Medic, Layne Flack. Je développe un jeu ultra agressif et je deviens rapidement deuxième en jetons. A ce moment-là, le chipleader (Rep Porter) et moi volons énormément les blindes, et nous avons un accord tacite. Nous évitons clairement de nous jouer mutuellement à ce stade de la partie. Je n'attaquais pas sa grosse blinde, mais il me laissait voler du bouton. Seulement, il déterre la hache de guerre en collant de petite blinde avec une paire d'As et je perds un coup relativement gros en floppant top paire avec K7. Du coup, je décide de le 3-bet un peu plus tard avec 99 dans les blindes, il call avec QcTc. Je floppe brelan, lui un tirage flush, et ce sera la fin de la partie pour lui. Ce coup me fait passer à plus 4 millions et je sais à ce moment-là que la victoire m'appartient.

Tu dois être super fier de cette victoire, très peu de joueurs français ont gagné un WPT.


Je ne voudrais vraiment pas paraître arrogant mais, gagner ce tournoi, c'est vraiment une juste récompense des qualités de joueur que j'ai développées depuis quelques années. J'ai énormément travaillé mon jeu de tournoi, même si je suis d'abord un joueur de cash game. Je suis très heureux d'avoir gagné le WPT Chypre et tout spécialement pour les joueurs londoniens qui ont vraiment cru en moi. Je joue là-bas depuis déjà quelque temps et j’y suis très respecté. Je pense qu'aujourd'hui ils sont très fiers et ça, ça n'a pas de prix.

Après, en dehors de tout ça, gagner un WPT c'est vraiment génial. J'étais tellement heureux que je me suis jeté à genoux comme un joueur de foot qui marque un but. C'était l'euphorie sur le moment. Ensuite évidemment, je n'ai pas réalisé tout de suite. Il m'a fallu quelques jours pour prendre conscience des retombées pour moi et de ce que cette victoire signifiait.

Où as-tu appris à jouer au poker?

J'ai beaucoup observé les meilleurs joueurs d'Unibet. J'étais notamment très admiratif du jeu de Johnny Lodden, qui est rentré dans le team Pokerstars en mars de cette année. A l'époque, c'était vraiment l'épouvantail d'Unibet. Personne n'osait l'approcher. Dans un article récent, il affirmait qu'il jouait aujourd'hui en NL2000 alors qu'à l'époque il était en NL10000. C'est un joueur extrêmement humble et il n'a pas honte de dire que le niveau a énormément augmenté, au point de le faire descendre de limite.

Ensuite, il y a eu un second boom du poker en France, celui des parties live. C'était en 2005-2006. Après une courte période dans les cercles et casinos français, je suis parti rejoindre mon très bon ami Roger Hairabedian à Marrakech. J'y suis resté un an, de décembre 2006 à décembre 2007. J'ai beaucoup appris des joueurs locaux qui sont très agressifs et fougueux. Je me suis, par la suite, installé à Londres et là, j’ai appris l'éthique du jeu. On peut dire ce qu'on veut mais, en la matière, on a beaucoup à apprendre de nos voisins anglais. Ils ont en plus une finesse de jeu incroyable, avec une grande précision dans la taille de leurs mises. C'est un jeu tout en touché de balle.

Tu joues où maintenant?

Depuis, je suis devenu un joueur régulier des grands tournois internationaux, ce qui me permet de participer aux grosses parties de cash-game qui s'organisent en parallèle et qui, souvent, sont très intéressantes. Je peux aussi côtoyer les meilleurs et apprendre à leur contact. Si parfois je trouve des joueurs meilleurs que moi, je sais en tirer les leçons très rapidement. Je suis prêt à payer pour une faute de jeu, mais en aucun cas je ne veux refaire cette erreur par la suite. Il n'y a pas de honte à se tromper, le problème vient quand on n’est pas capable de tirer les enseignements du passé.

Toi qui a des expériences à la fois online et live, tu peux me parler de la différence entre ces deux types de jeu?

A mon avis, l'expérience live est beaucoup plus enrichissante d'un point de vue humain. L'expérience de table est unique, elle est à mon avis la seule forme vraiment complète de Poker. Le jeu online est beaucoup plus limité. On peut arriver à une lecture du jeu en live avec une précision extraordinaire, et totalement incomparable avec l'expérience online. Il y a la voix, les gestes, le style et le comportement général de notre adversaire qui, en plus de son caractère, sont une mine d'informations. Le jeu online est extensif, car il permet de jouer de très nombreuses mains, et le jeu en live est intense, une main en live vaut bien plus en terme d'informations qu'une main sur le net. Je trouve d'ailleurs assez biaisé le pseudo-débat entre joueurs live et joueurs online. Il y a une forte asymétrie pour les deux types de joueurs quand ils s'aventurent sur le terrain des autres. Le joueur live se trouve privé d'informations nécessaires pour prendre des décisions sur le net et, à l'inverse, le joueur online est incapable de prélever toute l'information disponible sur une table live.

Avant de gagner le WPT Chypre, tu avais déjà fait parler de toi sur quelques tournois difficiles en live, tu peux me parler un peu de ces tournois?

En juillet 2008, j'ai fait 38eme au tournoi à 15000$ de la Bellagio Cup. A cette époque, c'était un aboutissement pour moi. J'étais très content de mon résultat. D'ailleurs ensuite, j'ai décidé de faire plus de tournois, mais je dois avouer que j'ai difficilement pu résister aux belles tables de cash game de Vegas. Cette période passée aux Etats-Unis m'a permis de faire tout de même quelques jolies performances, notamment 2 tables finales à la Bellagio Cup. J'ai énormément appris à cette période en jouant aux côtés des meilleurs joueurs du monde: Greenstein, Dwan, Benyamine et beaucoup d'autres.

Quelles sont tes priorités aujourd'hui?


Aujourd'hui, j'aimerais bien trouver un sponsor. Je passe pas mal de temps à étudier les propositions qui m'ont déjà été faites. Je n'ai pas du tout envie de signer à n'importe quel prix, et je suis décidé à continuer à jouer en cash game et à ne pas me spécialiser pour autant dans les tournois.

Et bien bonne chance Thomas, on espère vraiment le meilleur pour toi.